Crisi del calzaturiero marchigiano, articolo di “Le Monde” con dichiarazioni del presidente CNA Marche Paolo Silenzi

« Aujourd’hui, je n’ai plus de travail » : la manufacture de chaussures italienne souffre de la guerre en Ukraine

La Russie et l’Ukraine étaient un grand marché d’exportation pour la région de Marches, berceau du secteur. Les PME voient aujourd’hui les cartons de chaussures s’accumuler dans leurs hangars.

Par Olivier Bonnel(Rome, correspondance)

Un message vocal vient d’arriver sur le téléphone d’Ilasio Renzoni. « C’est un client tchétchène, de Grozny, il n’arrive pas à effectuer un virement bancaire », raconte cet entrepreneur de Porto Sant’Elpidio. Comme tant d’autres dans cette petite ville posée au bord de l’Adriatique dans la région des Marches, berceau historique de la chaussure italienne, M. Renzoni possède une entreprise de confection de bottines et escarpins haut de gamme. Mais depuis l’entrée en vigueur des sanctions visant la Russie, son quotidien s’est passablement compliqué, car la région dépend notoirement du marché de l’Est. En 2021, l’Italie a vendu 4 millions de paires de chaussures en Russie et en Ukraine, pour un chiffre d’affaires de 385 millions d’euros. Les Marches fournissent à elles seules un tiers de cette production.

« Le Covid-19 nous avait contraints à nous adapter en développant les ventes en ligne, mais, avec cette guerre, on se retrouve avec la marchandise sur les bras, dans l’impossibilité de l’expédier », se désole Ilasio Renzoni. D’ordinaire vide en ce début du mois de mai, son hangar est désormais encombré de cartons empilés, où l’on peut lire des adresses en Russie et en Ukraine : « La collection automne-hiver de cette année. » Des bottes ou bottines en cuir, pour la plupart, fourrées pour les rudes hivers russes. Ses clients habituels achètent entre 5 000 et 10 000 euros de paires de chaussures. Les six entreprises qui travaillent pour la marque Ilasio Renzoni, toutes situées dans la zone industrielle de Porto Sant’Elpidio, sont actuellement à l’arrêt.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Guerre en Ukraine : la police fiscale italienne essaie de traquer le présumé « navire de Poutine »

Le destin des Marches, héritière d’une longue tradition où les artisans locaux fournissaient en pantoufles de cuir les Etats pontificaux ou le royaume de Naples, est intrinsèquement lié à la chaussure d’excellence. Diego Della Valle, emblématique patron de Tod’s, le groupe de mode italien, y est né. Le savoir-faire des manufactures de chaussures haut de gamme y est reconnu dans le monde entier. La force de la région est la présence de toute la filière : de la formation au design, en passant par la teinture des cuirs ou la production des semelles et des talons. « Si vous me dessinez une nouvelle chaussure, elle est prête en deux jours », résume fièrement un entrepreneur de la région.

« Dommages économiques »

Fin avril, le salon de la chaussure de luxe s’est tenu à Moscou. Trente et une entreprises des Marches étaient présentes, sur une délégation italienne de quarante-huit exposants. La chambre de commerce régionale a payé les stands. Pour nombre d’entrepreneurs locaux, il était impensable de ne pas faire le voyage, dussent-ils passer par la Serbie ou la Turquie.

Cette expédition à Moscou a suscité des critiques dans la Péninsule, même si les sanctions imposées par l’Union européenne visent les transactions dont la valeur est supérieure à 300 euros. A prix d’usine, beaucoup de chaussures fabriquées en Italie restent dans la fourchette autorisée. Dans un communiqué où chaque mot a été pesé, Siro Badon, le président de la confédération italienne des fabricants de chaussures (Assocalzaturifici), a expliqué « respecter les sanctions imposées par la communauté internationale à l’encontre de ceux qui ont déclenché [l]e conflit », tout en soulignant ne pas avoir eu d’autre choix que de soutenir des entreprises qui devaient honorer leurs contrats signés avant le début de la guerre. « Si le conflit devait s’étendre ou se prolonger, il causerait des dommages économiques encore plus importants et plus dramatiques à l’ensemble du secteur », s’est inquiété M. Badon.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Italie, les vieux lions du capitalisme ne veulent pas passer la main

Marino Fabiani, qui a créé sa marque en 1979, était, lui aussi, du voyage dans la capitale russe. Derrière son bureau sont exposés d’élégants escarpins à talons hauts et des trophées de « maître artisan du sur-mesure », remportés dans des salons internationaux. Une grande photo le montre, tout sourire, à Moscou, en 2002, au côté de l’ambassadeur italien de l’époque. « Aujourd’hui, je n’ai plus de travail », dit en soupirant l’entrepreneur, dont 80 % des exportations concernent le marché russe et ukrainien.

« Le gouvernement nous a abandonnés »

« Le gouvernement nous a abandonnés, il devrait agir comme un père pour ses enfants, c’est-à-dire, les protéger », déplore Marino Fabiani. Au-delà des pertes sèches pour ces entreprises, la grande peur est que les Russes se détournent du « made in Italy » pour les marchés turc ou chinois. « A Moscou, j’ai senti que l’on était en train de perdre un marché. On s’est rendus là-bas pour nous assurer de les garder comme clients », raconte l’entrepreneur. Certains de ses acquéreurs russes lui ont proposé de créer une société en Chine pour y placer l’argent des commandes passées, puis lui envoyer une carte de crédit chinoise en Italie, afin qu’il puisse retirer les sommes dues. Une triangulation complexe qui peine à convaincre l’entrepreneur.

La guerre en Ukraine n’est qu’un chapitre supplémentaire dans l’histoire économique tourmentée des Marches ces quinze dernières années : crise financière de 2008, faillite de la banque Banca Marche en 2015, tremblement de terre en 2016, puis pandémie de Covid-19. Sur les hauteurs de Montegranaro, autre « temple de la chaussure », Paolo Silenzi, président de la confédération artisanale des Marches, reçoit dans son magasin d’exposition où brillent mocassins et sneakers en cuir. « La situation économique a commencé à devenir difficile à partir de l’annexion de la Crimée, en 2014, raconte-t-il. A l’époque, les exportations vers la Russie représentaient 950 millions d’euros par an. Aujourd’hui, elles ne pèsent plus que 258 millions. »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les Benetton lancent une OPA sur Atlantia pour le mettre à l’abri des convoitises

La taille modeste des entreprises de la région a longtemps fait sa force, face à la standardisation de certaines marques, en maintenant une confection d’excellence et une vraie « traçabilité du produit »« On a créé une histoire autour de nos chaussures, c’est cela qui fait la différence », poursuit avec fierté Paolo Silenzi. Mais ce savoir-faire est aujourd’hui en péril.

Baisser le coût du travail

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les aides gouvernementales au secteur ont, jusqu’ici, été pour le moins limitées, regrette Paolo Silenzi : 15 millions d’euros ont été débloqués par la région pour aider les entreprises locales à compenser les pertes, mais aussi pour les soutenir dans leur recherche d’autres marchés. « Quinze millions, ce n’est rien, dit Paolo Silenzi, avec cette guerre russo-ukrainienne, nous sommes les seuls à en payer le prix. »

Le 9 mai, Giancarlo Giorgetti, le ministre du développement économique, s’est rendu dans la région pour y rencontrer les entrepreneurs. Il a réaffirmé son attachement au « made in Italy » et promis plus de flexibilité pour les entreprises locales. Le président de la chambre de commerce a plaidé pour que, dans les districts où sont fabriquées les chaussures, le coût du travail puisse être abaissé de 30 %. Une mesure qui permettrait de relocaliser certaines entreprises et protéger le niveau d’excellence que les artisans des Marches, clients russes ou non, cherchent à préserver.

Olivier Bonnel(Rome, correspondance)

“Oggi non ho più lavoro”: il calzaturificio italiano soffre la guerra in Ucraina

 

Russia e Ucraina sono stati un importante mercato di esportazione per le Marche, culla del settore. Le PMI ora vedono accumularsi scatole di scarpe nei loro hangar.

 

Di Olivier Bonnel (Roma, corrispondenza)

 

È appena arrivata un messaggio vocale sulla segreteria telefonica del telefono di Ilasio Renzoni. “È un cliente ceceno, di Grozny, non riesce a fare un bonifico”, dice questo imprenditore di Porto Sant’Elpidio. Come tanti altri in questo piccolo paese sulle sponde dell’Adriatico nelle Marche, culla storica della calzatura italiana, il Sig. Renzoni è titolare di un’attività che produce stivali e décolleté di alta gamma. Ma dall’entrata in vigore delle sanzioni contro la Russia, la sua vita quotidiana è diventata piuttosto complicata, perché la regione è notoriamente dipendente dal mercato orientale. Nel 2021 l’Italia ha venduto 4 milioni di paia di scarpe in Russia e Ucraina, per un fatturato di 385 milioni di euro. Le sole Marche forniscono un terzo di questa produzione.

“Il Covid-19 ci aveva costretto ad adattarci sviluppando la vendita online, ma, con questa guerra, ci troviamo con la merce tra le mani, impossibilitata a spedirla”, lamenta Ilasio Renzoni. Solitamente vuoto all’inizio di maggio, il suo hangar è ora ingombro di scatole impilate, dove si possono leggere indirizzi in Russia e Ucraina: “La collezione autunno inverno di quest’anno». Stivali di pelle o stivaletti, per la maggior parte, foderati per i rigidi inverni russi. I suoi clienti abituali acquistano paia di scarpe per un valore compreso tra 5.000 e 10.000 euro. Le sei aziende che lavorano per il marchio Ilasio Renzoni, tutte ubicate nella zona industriale di Porto Sant’Elpidio, sono attualmente ferme.

Il destino delle Marche, eredi di una lunga tradizione in cui gli artigiani locali fornivano pantofole in pelle allo Stato Pontificio o al Regno di Napoli, è intrinsecamente legato alle calzature d’eccellenza. Qui è nato Diego Della Valle, boss emblematico di Tod’s, il gruppo di moda italiano. Il know-how dei produttori di calzature di fascia alta è riconosciuto in tutto il mondo. Il punto di forza del territorio è la presenza dell’intero settore: dalla formazione alla progettazione, passando per la tintura delle pelli o la produzione di suole e tacchi. “Se mi disegni una scarpa nuova, è pronta in due giorni”, riassume con orgoglio un imprenditore della regione.

“Danno economico”

 

A fine aprile si è tenuta a Mosca la fiera delle calzature di lusso. Erano presenti trentuno aziende marchigiane, su una delegazione italiana di quarantotto espositori. A pagare gli stand è stata la camera di commercio regionale. Per molti imprenditori locali era impensabile non fare il viaggio, anche se attraversavano la Serbia o la Turchia.

 

Questa spedizione a Mosca ha suscitato critiche nella Penisola, anche se le sanzioni imposte dall’Unione Europea mirano a transazioni il cui valore supera i 300 euro. A prezzi di fabbrica, molte scarpe made in Italy restano all’interno della gamma autorizzata. In un comunicato dove ogni parola è stata soppesata, Siro Badon, presidente della Confederazione italiana dei calzaturifici (Assocalzaturifici), ha spiegato “di rispettare le sanzioni imposte dalla comunità internazionale contro chi ha innescato il conflitto”, sottolineando che non avevano altra scelta che sostenere le aziende che dovevano onorare i loro contratti firmati prima dell’inizio della guerra. “Se il conflitto dovesse diffondersi o prolungarsi, causerebbe danni economici ancora maggiori e drammatici all’intero settore”, si è preoccupato Mr. Badon.

Anche Marino Fabiani, che ha creato il suo marchio nel 1979, era in viaggio nella capitale russa. Dietro la sua scrivania sono in mostra eleganti décolleté col tacco alto e trofei di “maestro artigiano del sarto”, vinti alle fiere internazionali. Una grande foto lo ritrae, tutto sorrisi, a Mosca, nel 2002, al fianco dell’allora ambasciatore italiano. “Oggi non ho più un lavoro”, dice l’imprenditore, il cui 80% delle esportazioni riguarda il mercato russo e ucraino.

 

“Il governo ci ha abbandonato”

 

«Il governo ci ha abbandonato, dovrebbe fare da padre per i suoi figli, cioè proteggerli», lamenta Marino Fabiani. Al di là delle perdite mortali per queste aziende, il grande timore è che i russi si allontanino dal “made in Italy” per il mercato turco o cinese. “A Mosca sentivo che stavamo perdendo un mercato. Siamo andati lì per assicurarci di mantenerli come clienti “, afferma l’imprenditore. Alcuni dei suoi acquirenti russi si sono offerti di costituire una società in Cina per depositare i soldi per gli ordini piazzati lì, quindi di inviargli una carta di credito cinese in Italia, in modo che potesse ritirare le somme dovute. Una triangolazione complessa che fatica a convincere l’imprenditore.

 

La guerra in Ucraina è solo un altro capitolo della tormentata storia economica marchigiana degli ultimi quindici anni: crisi finanziaria del 2008, fallimento della banca Banca Marche nel 2015, terremoto nel 2016, poi la pandemia di Covid-19. Sulle alture di Montegranaro, altro “tempio della calzatura”, Paolo Silenzi, presidente della confederazione artigiana delle Marche, riceve i visitatori nel suo showroom dove brillano mocassini e sneakers in pelle. “La situazione economica ha cominciato a diventare difficile dall’annessione della Crimea nel 2014”, dice. All’epoca, le esportazioni verso la Russia ammontavano a 950 milioni di euro all’anno. Oggi pesano solo 258 milioni. »

La modesta dimensione delle aziende della regione è stata a lungo il suo punto di forza, di fronte alla standardizzazione di alcuni marchi, mantenendo un’ottima manifattura e una vera “tracciabilità del prodotto”. “Abbiamo creato una storia intorno alle nostre scarpe, ecco cosa fa la differenza”, continua orgoglioso Paolo Silenzi. Ma questo know-how è ora in pericolo.

 

Abbassare il costo del lavoro

 

Dall’invasione russa dell’Ucraina gli aiuti del governo al settore sono stati finora a dir poco limitati, si rammarica Paolo Silenzi: 15 milioni di euro svincolati dalla Regione per aiutare le imprese locali a compensare le perdite, ma anche per sostenerle nel la loro ricerca di altri mercati. “Quindici milioni non sono niente, dice Paolo Silenzi, con questa guerra russo-ucraina siamo gli unici a pagarne il prezzo. »

Il 9 maggio Giancarlo Giorgetti, ministro dello Sviluppo economico, si è recato nella regione per incontrare gli imprenditori della regione. Ha riaffermato il suo attaccamento al “made in Italy” e ha promesso maggiore flessibilità alle imprese locali. Il presidente della camera di commercio ha chiesto che, nei distretti in cui si fabbricano le scarpe, si possa abbassare del 30% il costo del lavoro. Un provvedimento che permetterebbe di delocalizzare alcune aziende e tutelare il livello di eccellenza che gli artigiani marchigiani, clienti russi e non, cercano di preservare.

 

 

ASSOCIATI